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Nicolas Guicheteau - Chef OP
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© Luca Etter

INTERVIEW de NICOLAS GUICHETEAU – directeur photo
Bayard d’Or de la meilleure photographie, FIFF 2007.


Depuis quand connaissez-vous Guillaume et Stéphane Malandrin ?
Nicolas Guicheteau : J’ai rencontré Guillaume à l’époque où il préparait « Raconte », son dernier court métrage. Ensuite, nous avons travaillé ensemble sur son précédent projet « Ça m’est égal si demain n’arrive pas ».


Comment avez-vous abordé la photographie de Où est la main de l’homme sans tête ?
Nicolas Guicheteau : Nous avons d’abord réfléchi aux conséquences du financement. Est-ce qu’on peut tourner en 35mm, en Super16, ou en HD, ou , ou, ou… Les trucages imposaient une définition optimale. On peut raconter ce qu’on veut, si notre travail était de libérer l’image du film de ses contraintes, il faut bien admettre qu’elles ont eu une incidence sur l’esthétique du film. Pas le support à proprement parler qui lui raconte toutes les histoires. On fait des films avec tous les supports, comme on fait des tableaux avec toutes les peintures, acrylique, huile, pastels, crayons, fusain… Mais il fallait choisir une mécanique de fabrication qui puisse s’accorder à l’équipe possible pendant une durée établie. En bref, lorsque vous faites un film, l’enveloppe que vous avez répond à une équation à plusieurs inconnues qui sont par définition liées entre elles. Vous pouvez faire un film à trois, pendant longtemps sur du 35mm ou un film à cent personnes pendant beaucoup moins longtemps sur un support moins cher, etc…
Une fois que nous nous sommes décidés pour le super16 en filière digitale, permettant ainsi aux trucages d’être intégrés de manière transparente, il fallait se demander si la durée de tournage permettait de travailler de manière confortable ou s’il fallait trouver un moyen de s’adapter aux contingences. Pour être clair, lorsque vous tournez dans la Basilique de Koekelberg, les immenses baies vitrées qui sont tournées vers le sud sont-elles maîtrisables ? Lorsque vous tournez une séquence dans une piscine, sur plusieurs jours, et que son exposition au soleil a des conséquences directes sur l’image, quel parti pris pouvez-vous encore avoir ?
Il faut comprendre que l’alchimie de toutes ces décisions dessine déjà les grandes lignes du film. Mon travail était de proposer à Guillaume et Stéphane, les solutions les plus intéressantes pour le film. Il faut donc sans arrêt faire des allers-retours entre le rêve et la réalité. Faire en sorte qu’il soit possible de tourner l’histoire qu’ils avaient au fond de leur homme sans tête.


Quels étaient les directions évoquées au moment de la préparation ?
Nicolas Guicheteau : Au moment de la préparation, on a parlé d’un tournage le plus léger possible. Le plus efficace, le plus disponible. Inutile d’imaginer des solutions qui font intervenir des dizaines de personnes. Nous n’en avions pas les moyens ni l’envie. Les solutions digitales, le travail en numérique, a été évidemment un sujet de discussion. Mais la RED cam n’existait pas encore et la trop grande profondeur de champ de la HD était vraiment un obstacle majeur. L’idéal aujourd’hui aurait trouvé une autre solution encore. Les techniques se croisent à une vitesse vertigineuse. Depardon a tourné aujourd’hui —c’est déjà hier— avec la Pénélope d’Aaton, une deux perfos 35mm. Nous aurions pu tourner comme c’est le cas dans d’autres pays, avec une D20 de chez Arriflex, nous aurions pu, nous aurions pu…On en revient toujours à cette équation. Il a fallu trouver ce qu’est devenu le film.
 

Comment avez-vous travaillé avec la chef costumière, Isabelle Lohas (qui fait les costumes de Wim Vandekeybus) et avec le plasticien Emmanuel Demeulemesteer? Les personnages semblent avoir des tonalités de couleur et d'espaces particuliers?
Nicolas Guicheteau : Ce qui encadre le film, la direction artistique au sens orientation et non dirigiste, est le résultat d’échanges concertés. Il faut se parler, se montrer des images, des idées. Il faut se raconter les visions associées, ou ne rien se dire mais s’y adapter. La toute puissance d’une personne, on voit ce que le père et la famille en font dans le film… On a donc proposé à Guillaume et Stéphane, chacun à sa manière, ce qui était le plus proche de l’interprétation qu’on avait de l’histoire. A eux de choisir, de définir encore. Le travail d’Isabelle et Emmanuel est admirable parce que « habité ». Habité par leur désir et leur personnalité au service du film. Ils ont leur(s) vision(s). Guillaume et Stéphane ont l’intelligence de leur faire confiance.


Les tons et les couleurs semblent imperceptiblement se modifier pendant le déroulement du film? Si oui comment, et pourquoi ?
Nicolas Guicheteau : Oui, et je suis curieux de savoir qui le remarquera. Car en définitive, le but de cette audace est qu’elle ne se remarque pas. Ce serait l’inconscient de l’histoire. L’esprit qui se noircirait au fil du temps. La couleur disparaît au fil du film. A mesure que l’esprit s’enfonce dans les méandres de la suspicion et de la paranoïa. Et ce, sur une durée qui est celle du film. Un fondu permanent d’une heure et demi… On pourrait d’ailleurs réfléchir au retour de la couleur, à la fin du film, pour se demander ce qu’elle signifie véritablement.
Cette « prouesse » technologique a monopolisé quasi toute la mémoire du labo dans lequel nous avons travaillé, engendrant ainsi de « petites » perturbations électroniques dans les logiciels d’étalonnage et toute l’unité digitale. Bref, je me demande sincèrement quel laboratoire accepterait encore de faire ce trick sur une heure et demi de film. Avis aux intéressés.


Vous avez travaillé avec un budget très serré, pourtant vous filmez à l'intérieur d'une des plus grandes basiliques du monde (la cinquième)… mais aussi dans une piscine olympique, depuis un plongeoir de dix mètres, quels ont été vos partis pris d'éclairage par rapport à ces lieux ?
Nicolas Guicheteau : Comme je le disais précédemment, il n’est pas sans conséquences de défier le soleil. Les jours où il faisait beau, le décor n’était plus le même que lorsqu’il faisait ce magnifique gris du mois de novembre. Si les peintres peignent éclairés par la lueur du nord, la piscine d’Amsterdam était plein sud, et la Basilique nous exposait de toutes parts. Alors que faire ?
Il paraît qu’à une époque, la RTBF « prélightait » pendant une semaine pour pouvoir tourner dans la Basilique.
Pour les séquences sans soleil, nous avons changé les ampoules, troquant les sodiums contre du mercure. Ce qui était fou, c’était que les lampes à trente-cinq mètres au-dessus de nos têtes, n’étaient pas sur des axes motorisés. Il fallait un bon quart d’heure pour descendre chaque ampoule…merci François.
Sinon, la piscine avec ses cent kilos de lumière et ses mille mètres carrés de baies vitrées, c’était David contre Goliath. Une lecture précise du scénario permet de se libérer de la crainte du raccord. Finalement, il y a assez peu de séquences où l’on accepte mal les changements de lumière. Dans un champ contre champ, d’accord. Mais si le contraste dans l’image reste cohérent, une coupe est comme une ellipse.

 

Bruxelles est-elle une ville qui vous inspire pour sa lumière ? Et ses décors ?
Nicolas Guicheteau : J’ai appris et commencé à travailler à l’INSAS. A l’époque, il y avait une coupole blanche, un dôme au-dessus de l’agence BBL (devenu ING). Un dôme blanc comme celui de ma cellule photométrique. Et lorsque la lumière du ciel gris de l’automne ne changeait pas entre neuf et seize heures, je me demandais à quoi pouvait servir cette cellule à mesurer le même ciel.
J’aime Bruxelles pour ce rapport au nord. Pour cette constance dans la lueur grise qui a marqué tous les peintres flamands.
Mais je crois que mon instant décisif, dans cet apprentissage de la lumière cinématographique, ça a été ma rencontre avec un professeur. A une assemblée de fanatiques réunis devant le célèbre, qui posaient à l’idole des questions sur la technique de…, sur le type de décision à prendre, sur les moyens de faire, sur tout ce qui fabrique,… il avait ramené chacun à une seule et fondamentale question : Que filmez-vous ? C’était Bruno Nuytten. Qui lui-même avait dû entendre cette question à plusieurs reprises auprès de ceux qu’il avait accompagnés.


Comment se passe le travail sur le plateau avec Guillaume et Stéphane ?
Nicolas Guicheteau : C’est d’une limpidité déconcertante. L’un s’occupe de ce qu’on filme, l’autre du comment. Et réciproquement…


Vous êtes également réalisateur, ou en êtes-vous de vos projets personnels?
Nicolas Guicheteau : Je travaille à l’écriture et au développement de plusieurs projets.
 

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